Si l’on exclut mes trajectoires pitoyables, ma peur de la vitesse et mon inculture motarde, la mécanique reste mon principal talon d’Achille. Ma réputation me précède même : Quand je m’arrête pour aider un mec en carafe sur une rando-raid, il préfère en général me dire « t’inquiète, ça va aller, roule ». Il faut dire qu’entre les talents de mécano du paternel à domicile et ceux d’Olive que j’emporte toujours dans mes bagages, j’espérais couler une douce vie de motard sans cambouis sur mes belles mains de premier de la classe.

Il m’aura donc fallu attendre 28 ans pour daigner me pencher sur ce mystérieux machin bizarre et bruyant caché sous la selle. Mais il n’y a pas d’âge pour apprendre après tout, non ? Alors quid de mon soudain éveil à la joie de la mécanique ? Bah c’est la passion tu comprends, le do it yourself, le délire hisptéro-mécano, la communion avec le métal. Non je déconne, il n’y avait qu’une seule chose au monde capable de m’intéresser pour de bon à la mécanique : l’avarice ! J’arrive a un âge où il faut cogiter à tous ces machins d’adultes qui impliquent de ne plus passer 90% de son budget dans sa passion et les 10% restant dans des nouilles. Réduire la voilure plutôt que de rester définitivement à quai sur ordre du Capitaine (désolé pour les célibataires qui ne saisiront pas forcément la puissance évocatrice de cette métaphore filée).

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J’ai donc cette semaine commis l’acte – toujours difficile – de vendre le joyau de ma collection, le seul engin ayant un peu de valeur, mon vaisseau amiral, mon V-Strom. Pour la première fois de ma vie de motard je n’ai… plus de Suzuki dans le garage. On s’en fout mais ça fait bizarre quand comme moi tu es tatoué depuis l’âge de 5 ans du célèbre « S ». Terminé les motos « récentes » et puissantes. En plus j’ai la chance d’habiter désormais dans un coin où il n’y a pas de Crit’Air entre les riches et les pauvres alors je ne vais pas m’gêner ! Retour donc à une passion low cost : Un 600 XL de 87 (400e) en guise de « routière ». Et un 660 XTZ de 92 (500e) déguisé en trail ultime. C’est limite une épiphanie. Comme disait Cédric, mon moniteur de moto-école tendance moine Shaolin, avec son accent pagnolesque : « Le quatre-cylindre c’est pour tout le monde et le bicylindre pour les passionnés. Le mono ? Tutututu, ça c’est une r-e-l-i-g-i-o-n, petit. »  

Ces motos ont à peu près mon âge et elles ont déjà vu passer un paquet de culs avant le mien. Je n’ai aucune idée de leur historique respectif. Le fait qu’elles tournent encore comme des horloges avec certainement l’huile d’origine est la preuve de leur robustesse à toute épreuve (Ahhh les japonnaises). Mais quand il s’agit de rouler tous les jours ou de partir en road-trip avec il faut qu’elles deviennent aussi fiables que si elles sortaient du magasin. Plus même. Et c’est là qu’intervient l’art de la mécanique maison. Plonger ses mains dans un moteur, c’est avant tout aller à la rencontre de sa machine. En lire – comme dans les veinures d’un tronc – les principaux épisodes de sa vie, ses blessures, ses gloires. En quelques weekends hivernaux passés les clefs à la main, j’en ai plus appris sur elles qu’en 2 ans de roulage. Ce n’est pas du romantisme pour parigot ce que je vous raconte là, c’est un constat. J’ai l’impression de découvrir pour la première fois ces brêlons qui traînent pourtant dans mon garage depuis des mois.   

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Au début, ça n’a pas été de la tarte. Il faut dire que je suis particulièrement mauvais. J’ai commencé par habiller et déshabiller intégralement plusieurs fois mon XTZ pour le prendre en main. Faire et défaire… « Pa’, j’ai foiré la vis, ça tourne dans le vide. Fais chier ! »  « Essaye avec la clef de 12 au lieu de la 14 pour voir ? ». « Ah oui, en fait c’est bon. » Chtouinnnnng : le démonte pneu se fracasse dans la poutre juste au dessus de la casquette du paternel. « Oups ». Et puis petit à petit je gagne en autonomie. Les heures défilent dans l’étable qui nous sert d’atelier sans les voir passer. Le thermomètre stagne en dessous de zéro, interdisant l’inactivité. Oh il me faudra encore quelques mois voire années avant de me la jouer mécano pour de bon. Mais d’ici la fin de l’hiver je devrais être capable d’entretenir vraiment tout seul mes tromblons. Et ce sera déjà une immense victoire sur moi-même.  

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L’occaze faisant le larron, je suis tombé il y a peu sur le jumeau de mon Ténéré pour une ridicule poignée d’euros et 40 000 bornes de moins au compteur ! Juste ce qu’il fallait pour se lancer dans la grande aventure : Fusionner deux brêles en une pour en faire MA moto. Et stocker de la pièce de rechange pour les dix années à venir. Ma passion ne me coûtera plus que l’essence. Pas une « prépa » au sens actuel du terme. Je n’aime pas l’idée de dénaturer une bécane. Mais une version « upgradée » de cette moto que j’adore déjà : accès rapide à la bougie, cale-pieds « piège à ours », carénage allégé, porte paquet maison, crash-bar hand-made, etc. L’esthétique globale ne me vaudra certainement pas la couv’ de Moto Heroes, ce sera sans chichis ni pompons. A mon image. Au terme de ce projet « Black Pearl » (ben oui, chuis capitaine pirate non ?) je n’aurai pas une moto « parfaite ». Mais j’aurai mieux : Une moto 100% adaptée à mes besoins et à mon style de pilotage. Le rêve de tout motard je crois. Et ce rêve va me coûter essentiellement… de l’huile de coude.  Mais ça j’en ai des litres à revendre. 

Mon ancien moteur, je vais bientôt le descendre chez l’ami Gildas pour qu’il m’apprenne à le reconditionner tout seul comme un grand. Un moteur neuf de rechange donc. 10 ans de pièces que je vous dis ! Mais ça, c’est une autre histoire et… un sacré défi. Du genre niveau ceinture noire Première Dan en mécanique.  

En arrivant en classe lundi, mes gamins m’ont demandé avec un air complice : « M’sieur, vous avez fait de la mécanique ce weekend ? » J’ai baissé les yeux sur mes mains aux gerçures noircies par le cambouis. Et j’ai souri.

« Non, j’ai fait de la moto ».     

Quentin, alias Cigalou, c'est une barbe un peu trop crade, un goût surement trop prononcé pour le rose, une gueule souvent trop grande et une passion immense pour tout ce qui touche à la bécane. Sur Vie de Motard, avec sa bande de potes, il réalise son rêve : secouer la planète moto en faisant le zouave ! Parfois trop. Ou pas.
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10 Commentaires

  1. Ah! Je partage exactement ton expérience!
    Je suis exactement dans le même bateau, mais pas avec le meme capitaine…
     » une moto 100% adaptée à mes besoins et mon style de pilotage(..) »
    Par contre ca devient vite addictif la mécanique, au point d y prendre autant de plaisir (et de temps) que le pilotage…
    Décidément, me tarde de faire une ‘pirate©’

  2. « Une version version upgradee » d une moto qu on a le sentiment de maîtriser tant dans son pilotage que de son entretien, et qu on aime car on l’a totalement investie sans trop y investir
    Chui tout pareil 😀

  3. Ah on en viendrait presque a chercher les pannes pour bricoler un peu.

    Le garage est clairement l’endroit que j’espère le plus avec une case a la campagne (même si je l’ai en ville on fait pas du bruit a 20h … ). Quant au capitaine si il pratique aussi la moto tu as gagné le droit de lui partager toutes les ficelles que tu connais pour réparer son joujou a moindre coût.

    Quant a la vision que tu as de ta moto bricolé par toi je la partage totalement « Une moto 100% adaptée à mes besoins et à mon style de pilotage ». Quant exceptionnellement tu amène ta moto chez un garagiste ben tu n’es plus chez toi en rentrant. C’est comme si tu avais besoin de retoucher 2 conneries dessus pour te la mettre a ton gout.

    Et les mains noires (du marc de café et du savon de marseille => redoutable)

    A+

  4. T’as du bol d’avoir du monde autour qui connaît la mécanique ! C’est autre chose quand tu galères tout seul a chercher des schémas, explications, revues techniques sur internet .

    • C’est pour cela qu’il a été inventé 2 choses:

      Les potes qui s’y connaissent,

      La bière (pour les potes qui n’y connaissent rien en mécanique, qui t’empêchent de bosser, mais qui te tiennent compagnie pour rigoler).

      Philippe

  5. Si j’avais eu un papa mécano y’a longtemps que j’aurais appris ! Profite de cette chance 😉
    Plus que quelques mois avant le garage et enfin la possibilité de chouchouter Kawette toute seule comme une grande <3
    J'espère que tu feras une petite série d'articles ou de vidéos sur l'avancée de la construction de ton vaisseau !
    Longue vie au Black Pearl !

  6. Ahh énorme en effet 😀 on en parle sur Facebook et le lendemain tu publies l’article ahah
    Te voilà mécano (presque) autonome d’après ce que j’ai pu lire, et t’as une bécane un peu à ta sauce. Ça c’est cool !
    J’te souhaite d’y trouver beaucoup de plaisir 😉

  7. salut gars cig et les zotres.
    Sympa l’idée de fusionner deux ten en apprenant en plus un tas de choses UTiLES ..
    mon garage est un morceau de grange et si j’ai eu des « lueurs « * en mécanique basique , elles sont moins brillantes aujourd’hui … Plus de pognon aussi faut dire et brèles plus récentes ( enfin une des deux , ma emmevée toute électronique et avec monobras que même faut des zoutils spéciaux pour ) mais d’occaze . Le basique ( crevaisons, rayon, carbu machin ) je m’y remets un peu.. pour le raid.
    Bon OK j’ai un pote con$$, un autre pote qui sait faire plein de trucs… faudrait que je fasse carrément un stage maybe
    *en 82 démontage remontage haut moteur XT et kit JPX…c’était avant

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