vlogdemotard #1 : Les Ardennes

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    Les « vlogs » (vidéo-blog) je n’avais jamais vraiment accroché jusqu’à présent. Regarder une moto rouler, ça me fatigue vite, je préfère y être dessus. Puis le premier Vlolog de Laurent Cochet a été une sorte de révélation : là, il y avait un vrai concept à creuser. Faire un espèce de mini-reportage. Un truc entre un docu Arte sur les ours polaires et les Cht’is à Mykonos.

    Ça tombait bien, la semaine dernière, j’avais une furieuse envie de rouler, de bouffer de la borne jusqu’à épuisement. Il y a rien de mieux pour se vider la tête que de rincer deux ou trois réservoirs.  Allez hop, on fixe la Go pro sur le maître cylindre d’embrayage et en route pour les Ardennes. Pourquoi les Ardennes ? Je n’avais jamais posé mes roues vers l’Est et je suis en train de faire la seconde guerre mondiale avec mes élèves. Donc je me suis dit : Allons voir ce massif que l’Etat-Major français croyait infranchissable. Jusqu’à ce qu’il le soit par les colonnes de Panzer en 40…

    Sauf qu’en roulant, je réalise que je suis tout près de Verdun. Mieux que ça : on était de le 23 février 2016. La célèbre bataille qui s’y est déroulée durant 10 mois pendant la première guerre mondiale avait débuté le 21 février 1916. Il y a pile un siècle quoi. Sur place, je suis scotché par la puissance de ces lieux encore hantés par la violence des combats qui ont déchiré à jamais le sol, cimetière béant de ces milliers de vies volées. J’ai dû mal à reprendre la route, je zigzague dans les forêts alentours, allant d’une colline pour laquelle tant d’hommes se sont étripés pendant des semaines à un village complètement rasé par les obus. Tout est si calme, tout est si beau. La nature a repris ses droits, les arbres ont repoussé au milieu des trous de mortiers. Une sorte de message d’espoir ou… d’ironie.

    Les Ardennes, c’est un livre ouvert sur l’histoire de France. Il suffit de savoir le lire, de lever un peu le nez du bitume. A Sedan, je me remémore la cuisante défaite de 1870 qui verra s’effondrer le Second Empire français face aux troupes prussiennes. C’est dans le terreau de cette humiliation (la perte de l’Alsace et de la Lorraine) que la future boucherie de Verdun a été semé. A Charleville-Mézières, j’ère dans la ville endormie qui a vu naître Rimbaud. Ma prof de français du lycée – qui avait passé quelques années là bas en début de carrière – nous disait : « Quand l’on a vécu dans cette ville, on comprend pourquoi Rimbaud a fugué à pied jusqu’à Paris« . Le massif des Ardennes, malgré un épais brouillard, ne me paraît pas si infranchissable que ça. Mais les routes ne devaient pas être aussi bonnes en 1940. Comme les GI’S qui y livrèrent de rudes combats durant l’hiver 44, je foule la neige du pied au sommet de ces montagnes.

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    En tournant bride pour rentrer sur Paris, je m’arrête à Rocroi, cette ville fortifiée est emblématique du « pré carré » de Vauban. C’est aussi là que Louis XIV a remporté sa première victoire en 1643 contre les tiercos espagnols réputés jusque là invincibles. Enfin, il n’avait que quatre piges et ne régnait que depuis une semaine donc entre nous, c’est surtout le Grand Condé et ses cavaliers qui ont fait le taf. A Reims, j’aperçois cette cathédrale dans laquelle tant de rois de France ont été sacré. Je continue de remonter le temps jusqu’à Soissons où, selon la légende, Clovis aurait démontré que la vengeance est un plat qui se mange froid. Au moment du partage du butin, une de ses hommes lui aurait contesté un vase précieux qu’il avait brisé faute de pouvoir le posséder. Le roi n’avait pas moufté. Sauf qu’un an plus tard, lors d’une revue de ses troupes, il abattait l’audacieux d’un coup de francisque en « souvenir du vase de Soissons ». En rentrant sur la N2, je traverse Villers-Cotterêt, ville où a été signé par François Ier en 1539 une ordonnance éponyme d’une grande importance : les actes notariés devront être écrit en Français. Autrement dit, le français devenait la langue officielle de la France. Putaingue les sudistes, bretons and co, c’est là qu’on s’est fait avoir.

    Fourbu, je suis rentré sur Paris avec l’impression d’avoir voyagé pendant plusieurs semaines à travers le temps alors que je n’étais parti que deux jours à quelques encablures de chez moi. Je ne suis pas un aventurier (je n’ai même pas déplié ma tente, c’est dire). Je ne sais pas si comme Baptiste notre explorateur de Viking j’aurai un jour le courage de partir sur de longues et exotiques distances. Par contre, j’aime rouler. Mes petites expéditions le temps d’un weekend n’ont rien d’exceptionnelles mais j’en rentre toujours émerveillé. On l’oublie peut être un peu trop souvent, mais on a la chance de vivre dans un pays aux paysages aussi divers et variés que magnifiques, parsemés de villes et des villages chargés d’histoire(s).

    J’espère que cette première expérience  vidéo de ce genre, encore maladroite (on voit beaucoup trop ma sale tronche) et trop longue t’aura quand même donné envie de prendre ta moto et de tailler un p’tit bout de route le temps d’un weekend. Et si c’est le cas ne serait-ce que pour un ou une d’entre vous, alors ça vaudra le coup que je fasse un second « vlogdemotard ».

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