Après avoir zigouillé mon Freewind dans les contreforts du Vercors, j’ai roulé pendant 2 années avec un superbe GSX-F de 88 acheté 1800e. Ici le superbe n’est pas ironique, elle a été de loin la plus belle de mes motos, celle qui m’a le plus fait fantasmer. Mais j’avais oublié un petit détail : Elle incarnait le motard que j’aurais voulu être. Pas celui que je suis hélas. Petite histoire d’un GT-Sportif piloté par un poireau.       

Cette moto est une déclinaison « assagie » et plus confortable du légendaire GSX-R. 4 cylindres bien coupleux partout, selle moelleuse à souhait, large place passager, bagagerie et – attention – bulle électrique ! Et qui marchait encore 25 ans après ! Une vraie GT conçue à une époque où même pour voyager, la règle première semblait être « pas plus vite qu’à fond ». Et aller à fond, ça elle savait le faire cette mamie : tu te retrouvais à 200 sur un filet de gaz si tu ne faisais pas attention au compteur. Un avion de chasse. Enfin, plutôt un TGV. Car pour ce qui est des acrobaties, c’était moyen : Imaginez un chamalow de 300 kg monté sur des roues de 16 pouces. Moins maniable ce n’est pas possible. Et je ne vous parle pas du freinage digne des plus grandes heures de Suzuki. Bref, cette moto était faîte pour avaler de la borne à fond les ballons et se déhancher en serrant les fesses dans des grandes courbes. Tout… ce que je ne sais pas faire.

Je n’avais connu que des trails aux larges guidons et aux monos pépouzes. Je voulais être un vrai routard, avoir une « sportive » avec le carénage qui en jette et le quatre-patte qui monte dans les tours. Sauf que très rapidement, ben je me suis retrouvé frustré : Frustré de glisser dans tous les sens dès que je prenais un petit chemin de terre (oui, je sais, pas besoin d’avoir fait l’Ena pour savoir qu’elle ne serait pas top dans la boue), frustré de ne pas arriver à l’amener dans les pif-paf aussi vite que mes anciennes motos, frustré d’avoir peur de la vitesse et de ne pas exploiter le vrai potentiel de ce moteur. Cette moto ne correspondait ni à mon identité, ni à mon style de pilotage. Enfin, disons que grâce à elle, j’ai compris qui je n’étais pas et par inversion, qui j’étais. Elle a donc énormément compté pour moi. Même si sur le moment… je l’ai souvent détesté.         

Nous avons eu cependant de beaux moments. C’est à son guidon que nous sommes partis faire le Pays-Basque avec ma copine. Nîmes-Arudy par les petites routes, sous la flotte, en une journée, histoire de se mettre en jambe. Madame l’a bien aimé cette moto : coincée entre le top case et les valises, elle pouvait dormir l’essentiel des longs trajets. Puis pendant une semaine, sur place, on s’est farci cols et routes de crête à la pelle sous un soleil radieux. A l’époque je n’étais pas un blogueur égocentrique et donc on n’en a hélas presque pas de photos. A part des machins tout flous et pixelisés (oui, je n’avais pas de matos pour narcissique compulsif non plus). Enfin, c’était le pied jusqu’à la veille du retour où… mon embrayage s’est mis  à déconner. Je me suis retrouvé à passer les vitesses à la volée. En montagne, c’est… osé dirons-nous.

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Parce que oui, je t’ai pas dit, mais j’ai eu une guigne pas possible avec cette bécane. Au retour de ce même voyage, on prend un dos d’âne un peu fort « POC ! » la valise droite sort de son support. Coco a eu le reflexe de la plaquer avec ses petits bras musclés le temps que je puisse me garer. Patte tordue, je roulerai donc avec une valise « sanglée » à son support pendant 1 an… Rassurant sur autoroute. Mes clignos marchaient de temps en temps, mais pas toujours ces feignasses. Pratique en ville. Ah oui, elle a failli prendre feu : pointeaux bloqués, le moteur s’était rempli d’essence à l’arrêt. Par miracle, j’ai jeté un œil au niveau d’huile ce jour là avant de la mettre en route. Imagine la maxi merguez que ça aurait fait ! Et enfin, son apothéose a été sa panne d’alternateur sur le périph’. Un grand moment de solitude. Mais ce sont autant de bons souvenirs aujourd’hui. Les galères, c’est ce qui reste n’est-ce pas ?  

Cette moto était sublime, c’était une machine de passionné, de vrai roule-toujours, mais ce n’était pas une moto pour moi. Erreur de casting comme on dit. Je suis donc passé sur du « trail-GT » (pléonasme), qui me correspondait plus. Avant de rebasculer bientôt en trail… tout court.

Souvent je me dis que j’aimerais bien avoir une vieille CBR, un truc qui dépote sa race et qui a de la gueule. Surtout en ce moment : Depuis que le trail est devenu la nouvelle mode et que tout le monde s’invente une identité d’aventurier expert en off-road j’aimerais rouler en sportive juste par esprit de contradiction !

Sauf que je me connais : Les modes, les motos et les envies défilent mais au bout du compte, c’est un gros mono à large guidon qui à la fin reste dans mon garage.

Il y a les motos qui passent et celles qui restent.          

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Quentin, alias Cigalou, c'est une barbe un peu trop crade, un goût surement trop prononcé pour le rose, une gueule souvent trop grande et une passion immense pour tout ce qui touche à la bécane. Sur Vie de Motard, avec sa bande de potes, il réalise son rêve : secouer la planète moto en faisant le zouave ! Parfois trop. Ou pas.
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17 Commentaires

  1. Salut Cigalou,
    J’étais étonné de voir ce type de moto apparaître ici! Mais au final tout s’explique !
    Et je me retrouve tellement dans cet article. Après plusieurs motos de tout type, les seules qui persistent sont les mono. Gros et petit je les aimes tous! Quel pied de pouvoir aller partout avec ce type d’engin. Par tout temps. Et souvent regardé bizarrement ou plutôt avec amusement par les « anciens » qui me sortent des phrases du type « ça me rappel ma jeunesse, j’ai eu la même! Qu’est ce qu’elle était bien! ». C’est vrai qu’aujourd’hui il y a un certain engouement pour ce type de bécane, et ça me donne l’impression de suivre une mode mais ça passera, et la passion restera.
    Encore un super post qui donne envie de prendre la route et me fais pas sentir exclue d’une elite de motards sportifs de magazines.

  2. « Enfin, disons que grâce à elle, j’ai compris qui je n’étais pas et par inversion, qui j’étais. »
    cette phrase résume tout!
    C’est une belle analyse, j’me suis fait la même pour les études…
    Ca m’a permis de savoir ce que je ne voulais pas faire :p

  3. Ton article m’inquiete Cigalou, parce que je prends autant de plaisir à poser le genou sur piste avec mon 4 cylindres qui hurlent que d’aller dans la boue avec la tente arrimée sur la selle arriere de mon mono pépouze… Suis je donc un motard sans personnalité? Doit on obligatoirement se rallier à un clan? Ca serait moche car ça me rappelle les forums de talibans mono-marque et/ou modèle qui ne jure que par une vérité

    • Oula non, attention, tu m’as sur-interprété ! Je suis beaucoup de chose mais pas sectaire ! Je me bât justement pour ne pas tomber dans la tentation de faire de ce site une plateforme trail et rester dans un registre « généraliste sélectif » 😉

      Comme je le dis, je rêve d’avoir une CBR, tout comme une Harley d’ailleurs. Je dis juste que parfois certaines motos ne nous correspondent pas. Et quand à un moment de ta vie (comme actuellement pour moi) tu dois faire le « tri » il te reste celle qui t’amuse le plus.

      Après, je n’ai pas ta chance d’être autant à l’aise avec le posé de genou qu’avec le drift dans la boue. Mais ça ne veut pas dire que je ne prends pas mon pied en trial, cross, enduro, supermot’, roadster, custom et trail. Voilà qui me laisse encore quelques possibilités de diversité non ?

      Bon après, il reste le problème de la banque… :-p

      • Me voilà rassuré alors 🙂 A l’occaz tu feras un essai, ça fera un sujet différent 😉
        Mais je t’invite fortement à venir voir une manche du championnat de France des rallyes routiers, c’est hyper conviviale et abordable. Cette année je fais les ardennes, un peu loin pour toi mais y en a des proches (Dourdou par exemple). Cochet avait fait le beaujolais avec nous en 2015 (en diversion 600) et avait même fait une video. Perso, niveau adrénaline y a pas mieux 😀

        • Eh ben il n’y a pas de coïncidence en ce bas monde ! Figure toi que 2017 marquera – je l’espère – l’arrivée de la Team VDM sur les rallye routiers. Catégorie side-car et… mono (on ne se refait pas :-p).
          En effet, on était attiré depuis un petit moment par le côté « populaire » (au sens peuple) de cette discipline. On sera sur le rallye des Volcans cet été pour commencer en douceur (c’est des copains qui organisent et c’est à côté). Ce sera l’occaze d’un premier reportage « inside » (je vous en parle bientôt).

          Et de mon côté – à titre perso – SW-Motech m’a fait une proposition que je ne pouvais pas refuser : Ils me filent leur nouvelle MT-09 full préparée de la mort qui tue pour aller finir dernier sur le Rallye du Dourdou. J’ai commandé un carton de couches pour adultes histoire d’être prêt à tout…

  4. Je l’ai toujours trouvée affreusement moche cette moto, je te l’ai toujours dit !!!

    Il a fallu que je fracasse ton XL pour que tu t’aperçoives qu’il fallait lui redonner toute sa superbe 🙂 si je peux te rendre service à nouveau ça me ferait plaisir ! J’ai repéré un prit coin sympa pour faire de la moto acrobatique…

  5. Pour ma part je suis assez d’accord.
    Depuis 93, j’ai eu qques enduros avec à côté tjrs une bécane routière (de presque toute les marques et de tous styles) mais mon vieux 200 wr de 94 est resté 12 ans chez moi et depuis il me manque.

  6. On dirait l’histoire de ma vie…de motard (bien entendu), la vitesse de pointe et les galères mécaniques en moins (Deutsche Qualität oblige).
    En revanche mon côté « nanti » ne m’aura pas laisser très longtemps sur un gros mono, m’orientant vers un SUV de la gente bicyclédique…
    Mais bon, il le manque plus que je ne l’aurais cru mon XT660Z.

  7. J’ai eu cette moto dans sa version 750.
    Achetée neuve car très abordable, suite à des déconvenues de motos d’occasion plus pourries les unes que les autres.

    Et bien 165 000 Kms plus tard, le moteur était toujours aussi neuf et viril, car ce sont des gènes de GSX-R 750 qu’il y avait dedans, mais sans la partie cycle…

    Alors elle n’était pas glam’ comme on dit, mais j’ai buté quelques diptères avec, de l’ile de Mann aux confins de l’Espagne. Jamais trahi.

    Qu’importe la moto, ce qui compte c’est ce que l’on fait avec, ça marche aussi pour le s… (Ooops j’ai failli déraper là).

    Philippe

  8. « Il y a les motos dont on rêve
    Et celles avec qui l’on roule
    Il y a les motos qu’on regrette
    Et celles qui laissent des remords
    Il y a les motos que l’on aime
    Et celles qu’on aurait pu aimer
    Puis un jour il y a la moto
    Qu’on attendait »
    Ouai je me la pète avec les références de vieux 😀
    C’est toi sur la photo avec un cuir style pilotes GP des années 70 ? Ha ha ^^
    Super article, j’aime ces histoires ! Et j’aime les vieilles, c’est pas dit qu’avec mon futur garage je finisse pas par craquer un jour…

  9. Merci pour cet article, mon cas est sensiblement le même, pas une moto pour moi, lourde, impossible à maitriser totalement dans mon cas. elle fut un caprice qui m’a fait faire de belles ballades confortables à deux tout de même, mais j’aurais dû m’en séparer rapidement.
    Pb de pointeaux aussi, impossible de démarrer sans pousser à plusieurs , valise qui tombe en ville, rayon de braquage ridicule et freins moyens, modèle 1988 qui guidonnait dans les courbes à grande vitesse et dont le cadre a subit une transformation en 1989 je crois, sinon à l’époque on te remarquait… mais ce modèle fut de trop pour moi. Aujourd’hui je reprendrais bien un guidon large comme tu dis, une machine légère, du plaisir à rouler, à pencher sans peur et pas ce monstre de puissance inutile dans mon cas qui prenait près de 260 compteur en toute stabilité mais inconscience!! 270 kg en ville pour tous les jours c’est pas génial! et comme toi je sais mieux ce que je suis à ce sujet!
    Merci donc car je ne culpabilise plus en t’ayant lu ! bonne route!
    patpat

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