Parmi les jeunes parents que nous sommes pour quelques uns sur Vie de Motard, nos petites bouilles d’amour nous prennent tellement de temps et d’énergie qu’on roule très peu. On se dit qu’un jour, on pourra de nouveau être libres de partir rouler la truffe au vent. Et parfois, on se demande si nos petits voudrons « faire comme papa ou maman« . Pour Thierry et Nathalie, leurs trois enfants ont bien choppé le virus de la moto. De la place passager, puis en 50cc, 125 et gros cube, Thierry nous raconte les voyages de sa tribu dans son blog.

 

Avoir des parents motards, c’est grandir au milieu des bécanes, tenir une clé plate alors qu’on sait à peine marcher. Mais avoir des parents motards ET voyageurs c’est l’assurance de vivre des expériences enrichissantes. Au moins, à la rentrée de septembre tu as des trucs à raconter aux copains !

Julien, Hugo et Fanny. Les trois enfants de la tribu ont d’abord voyagé sur la selle passager. Puis, à l’âge où tu réclames un Booster pour aller au collège, c’est une vaillante 50cc à boîte qui donne la clé de la liberté. Encadré par papa et maman, les sorties se font en famille et sur plusieurs centaines de kilomètres !

Et c’est comme cela que depuis 2013, Thierry alimente son blog Ma Tribu à Moto avec les récits de sorties locales ou de voyages à travers la France et l’Europe. Oui. Une 50cc peut parcourir un road-trip de plusieurs semaines ! Le tout agrémenté de belles photos.

De quoi se forger de beaux souvenirs et souder les liens lorsque les ennuis mécaniques se mêlent à la partie. Pour cet article, j’ai décidé de poser directement les questions à Thierry afin d’en savoir un peu plus sur Ma Tribu à Moto :

Quel est ton parcours moto ? Quels ont été tes voyages avant de fonder une famille ?

Mes parents sont anti-motos, donc tu imagines bien la difficulté pour rouler : les copains avait leurs deux roues, quelques mob et trail 50 type MTX ou dt, je roulais un peu avec celle des potes, il a donc fallu bosser pour ma première moto (une YZ125), pour mon permis (obtenu en 1994) et, un an après, ma première moto : une Ducati 400SS demi carénée de 1994 et de toute beauté.

Je vais quand même t’étonner, mais c’est Nathalie qui a eu le virus le plus tôt : elle a passé son permis en 1993, sa première moto était une Yamaha 400 Xj de 1984, puis une CB500 neuve de 1994, c’est cette année qu’on s’est connu…

Les voyages à moto, c’est depuis qu’on se connaît. A l’époque on était dans les Bouches du Rhône, on commençait dans la vie avec pas trop de moyen. On a longtemps gardé qu’une seule moto pour voyager, toile de tente et bivouac, et un rayon d’action que nos moyens limités à la France (Auvergne, les Alpes,…)

Une fois les enfants arrivés, tu as eu un arrêt complet de la moto ou toujours une qui traîne dans le garage ?
Oui, impossible de s’en passer, mais l’usage qu’on en avait n’est pas le même qu’aujourd’hui : des petites balades autour de la maison, sentir ce sentiment de liberté qu’apporte la moto, c’est une vrai drogue !
Des gosses en bas âge, ben si tu veux voyager, c’est au moins quatre roues. C’était notre période 4×4. On préfère de loin partager ces moments avec nos enfants, quitte à rouler 4 roues, que partir qu’à deux sur une moto et laisser les mioches aux Grands Parents. Après il y a la solution du side-car quand on peut se l’offrir. Avec un side et une moto, c’était jouable, mais quand tu construis ta vie il y a des choix à faire des fois, on ne peut pas tout avoir.
Et puis vient le moment tant attendu ou les minots enfourchent pour la première fois leur moto et surtout où il peuvent enfin accéder à la place du passager sur une moto, c’est là que tout commence…
Comment tu as senti que ça plaisait aux enfants ?

Une moto, ça plait aux gosses : regarde bien les minots quand tu les croise sur ta moto : ils te pointent toujours du doigt avec une moue sur leur bouille genre « J’veux la même ! », peut être l’aboutissement du vélo dans leur tête, ou le bruit, ou les couleurs, j’en sais rien mais c’est ainsi : la moto plait aux enfants.

Regarde cette photo, c’est la première fois qu’elle montait sur ma moto !

Donc leur envie va naître naturellement mais c’est quand tu pilotes pour la première fois TA machine que tu comprends, merci à Yamaha d’avoir inventé la PW’s !

NDLR : comme beaucoup d’entre nous ici !
Est-ce que tu es passé par la phase side-car ?

Non, je suis très rétrograde, une moto ça penche point c’est tout ! Toutefois, c’est en déménageant en Haute Loire que tu comprends le concept, surtout l’hiver sur la neige et le verglas !

Blague à part, le side est sûrement sympa, je n’ai jamais essayé, les sensations de liberté demeurent et c’est peut être l’idéal pour une famille avec un enfant. Après, faut pouvoir se le permettre.

Le mois dernier, on a croisé la trajectoire d’une petite famille allemande en vadrouille dans nos belles contrées, et qui a forcé notre admiration
C’est donc Fanny, l’aînée, qui a été la première à suivre avec sa 50. Tu envisageait déjà des road-trip de plusieurs milliers de km à ce moment là ?

Pas de gros trips envisagés tout de suite, je voulais savoir si Fanny en était capable (ça demande de l’attention, une ado n’est pas faite comme une adulte, n’a pas les automatismes et se fatigue vite). D’abord des virées en Haute Loire, puis les départements voisins… Faut y aller crescendo pour ne pas les dégoûter ou les fatiguer.

Notre voyage sur la route des grandes Alpes en 2013 a été un révélateur : Fanny a fait ses preuves avec brio et la 50 s’est montrée plutôt fiable. Pas loin de 3000km !

La difficulté était aussi ailleurs : quand tu embarques un (très) jeune passager, il faut en permanence adapter le temps de roulage continu (pour nous, pas plus d’une heure) :

  • Pas question que le gamin s’endorme en roulant, donc on se parle, tu le fais participer (tiens cherche moi la direction de « … », t’as vu le panneau camping, regarde les vaches… rien de compliqué en somme)
  • Les difficultés climatiques ou une route défoncée, une départementale où il ne se passe rien, on augmente ce risque donc on réduit le temps de roulage.
Le regard des autres motards devait être assez critique sur ce choix non ?

Pour le regard « motard » : pas du tout de critiques mais plutôt admiratifs de voir ce bout de minette sur ce poumon, la montée d’un col n’est plus une étape à leur yeux mais devient dans ce cas plutôt une aventure. De nombreux pouces en l’air et le contact qui devient d’un coup très facile.

c’est une motarde d’un groupe italien qui était vraiment hyper admirative, c’est elle qui à insister pour nous prendre en photo, les mecs avaient tous un mot gentil pour Fanny.

Après tu as le regard « lambda » et là c’est plus pareil : on met en danger nos enfants, nous sommes irresponsables… Bref – c’est mal – pour une partie des gens.

Dont nos parents : l’idée d’un blog sur nos voyages, s’était surtout pour les rassurer et leur montrer ce qu’on faisait au fur et à mesure.

Puis lorsque l’un monte en cylindrée, le suivant récupère sa moto ! Fanny est donc passé sur un 125 ?

D’une manière générale, on a une relation particulière avec notre moto, on a tendance à la personnifier (oui, oui, tu en prends soin, tu lui parles, tu l’insultes ou l’encourages… En fait le motard est fou non !?) C’est donc plutôt chacun sa machine, on essaie de faire en sorte que les gamins n’héritent pas la moto de son aîné, il n’arrivent pas trop à se l’approprier dans ce cas.

Pour son 125, Fanny voulait changer d’univers : on était tous en trail et elle voulait une sportive. Bref, la chiante quoi ! Impossible de prendre un 125cc 4 temps (presque les même performance qu’une 50 à boite !) et en 2 temps, il ne restait déjà plus grand chose, donc ce sera une Honda NSR 125.

Mais question 125 deux temps, elle a eu aussi une belle et rarissime Aprilia Rs 125 de 2006 !

Et les garçons, c’est plus difficile de les canaliser ?

(Pas plus que Fanny ! 😁😁😁)

Mais comme elle, faut canaliser un peu : rouler sur de nombreux kilomètres permet d’avoir une certaine expérience qui change ton approche de la route. Une approche moins naïve et plus sécuritaire. Tu canalises de moins en moins du coup !

La vitesse reste quand même très addictive, les trois en ont fait les frais :

  1. Juju une chute sous la pluie dans les Pyrénées à 60km/h, assez rapide pour une belle « Pizza » sur le genou.
  2. Hugo dans une épingle en Italie, bien trop optimiste après un dépassement, trop vite, trop de frein et badaboum.
  3. Plus gravement Fanny, toujours en Italie, sous la pluie, sortie de virage trempé, perte de contrôle, très très mauvaise chute et Hôpital. (J’en parle ici : http://www.ma-tribu-a-moto.com/2014/08/l-accident.html )

Après une chute, forcément ça calme : on vient de toucher du doigt (et bien d’autres parties du corps d’ailleurs !), qu’une chute peut faire mal, voir pire et que par conséquent, on roule désormais en réfléchissant plus, et on comprend qu’il ne faut pas faire de moto en short ou en tongs.

Et puis rouler avec ses gosses, c’est aussi les coacher pendant leur premiers milliers kilomètres, une forme de conduite accompagnée pour minots. Aujourd’hui, je n’ai aucune inquiétude quand mes enfants prennent leur moto, je connais leur manière à chacun d’aborder la route. La seule obtention du permis AM ne te permet pas cette tranquillité d’esprit.

C’est pas trop frustrant pour les parents de devoir adapter sa vitesse à celle d’un 50 ?

Rien n’est figé, on peut rouler groupé ou non. Alors effectivement ça peut démanger : par exemple une montée de col, si l’envie te prend, bah tu peux envoyer rouler à ton rythme et on s’attend tous une fois en haut…

Et des fois non, si le plaisir du panorama prend le dessus de la route, on arrive à se traîner à la même vitesse. Sinon quand l’itinéraire est du type grosse départementale/nationale, on préfère rouler groupé donc à la même vitesse : ceux qui te dépassent n’osent pas raser une moto mais très souvent une 50cc.

Et puis ça roule à 80km/h, c’est pas un solex ! Donc des petites routes secondaire, il y a des moments ou tu n’arrives même pas à les faire en gros cube. Au final, c’est la/le pilote du 50 le plus frustré(e), regarde la gueule que tire Fanny :

C’était en Suisse en 2014, la pauvre a vraiment ramé pour monter, tellement qu’elle en a pleuré.
Les nombreux « pouces en l’air » des motards sur place lui ont très vite redonné le moral !
(Comme quoi, les motards forment une belle famille ! Non ?)
Quelles sont les motos actuelles du reste de la Tribu ?
Julien : Rieju MRT Pro 50 de 2012
Hugo : Cagiva Raptor 125 de 2006 (et oui, déjà le 125 !)
Fanny : Ducati 750 SSie de 1999
Nathalie : Honda Nx 250 de 1992
Et Kawasaki 400 Ninja de 2018
Thierry : Honda Nx 650 de 1999
Et Honda VFR 800 Fi de 1998

Après, avec les garçons on partage l’art de la gamelle avec quelques enduros hors d’âge.

Pour Juju une Husqvarna WR 125 de 2007, Hugo la même de 2004 et une antique Kawasaki 300 KLX-R de 1999 pour moi !
Pour Fanny, maintenant qu’elle a son permis, elle prévoit de partir seule en road-trip ? C’est toi qui lui a donné le virus Ducati ?

Non, pas spécialement de « virus », elle m’a dit : « Je ne voulais pas rouler en roadster comme tous les jeunes permis, plutôt une sportive, alors quand on regardait les modèles compatibles permis A2 tu m’as montré la 750 SSie. Je t’ai dit que celle là serait super… alors que dans ma tête je me disait qu’elle serait inaccessible… Et puis, c’est une Ducati ! »

Sauf qu’à Noël, le rêve est devenu réalité, avec un peu de boulot mais réalité.

Je crois qu’elle ne la lâchera jamais sa Ducat’
Initiation piste, à Alès en juin 2020
Mer Blatique, Allemagne du Nord, 2018

Pour ce qui est des road trip, la Miss étudie (beaucoup) et doit gagner un peu sa croûte en été, donc cette année c’était road-trip entre copines pendant 12 jours en Grèce… En bagnole.

Alors oui, je pense qu’elle a le virus du voyage. Même si ça n’a pas pu se faire avec une moto, l’important pour elle est de partager ces moments, donc voyager seule, c’est pas son truc.

Et les garçons, ils veulent quoi comme gros cube ?

Hugo, un supermotard, pas vraiment fixé sur la marque.

Julien plutôt sportive, une R1 serait parfait (ben voyons !)

C’est toi qui fait toute la mécanique ou tu as initié le reste de la Tribu à l’entretien des motos ?

Hormis Nathalie (elle a de la chance, hein !), Fanny, Hugo et Julien font leur entretien courant (vidange, filtres, etc…)

Quand ça se complique (piston, cylindre,…) je leur demande par exemple de démonter le moteur du cadre pour l’avoir sur l’établi… En faisant comme ça, beaucoup de réflexion du style : « appliques toi sur le rodage stp », « laisse chauffer un peu » ou bien « soulage un peu sinon tu va serrer ! » prennent du sens quand tu fais toi même ta mécanique.

Bon, on est pas un bon exemple, des fois on mécanique un peu où on peut !

Révision du Mostro, fin 2017, trop froid pour travailler dehors !

Ça plaît même à certains : à la rentrée, Juju rentre en seconde pour un Bac PRO Maintenance Véhicule, Option moto ! (NDLR : cool, on aura quelques brêles à lui confier pour qu’il se fasse la main ! ^^)

 Quels sont les prochains projets de Ma Tribu à Moto ?

Il y a tellement de destinations qui nous font rêver, mais pour n’en retenir que deux entre lesquelles on hésite pour 2021 :

On avait dédié nos vacances 2020 à l’Irlande et la Grande Bretagne… Le Covid s’est invité à la fête, le boulot et les congés ont vacillé, tout est tombé à l’eau.
Donc si on peut remettre ça à 2021, ça serait cool, surtout que c’est une demande insistante de Juju et qu’il n’a pas encore de « gros trip » en tant que pilote à son actif !
(Avec un budget « no limit », j’aurais mis un soupçon de Tourist Trophy, histoire de s’acclimater un peu aux coutumes motocyclistiques de nos voisins britanniques, c’est beau de rêver !)
Sinon, une boucle Italie, sud Balkan, la Grèce, voir si la mer noire l’est vraiment, les Carpates, et une remontée vers la Pologne… Beaucoup de temps pour un Road-trip unique, j’adorerais !
C’est tout ce qu’on vous souhaite !
Pour suivre les aventures de la sympathique famille, c’est à l’adresse suivante :

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