On a envoyé du bois.

Depuis 14 ans, Serge Nuques propose des stages de pilotage sur route et circuit. Autant dire que l’exercice est rôdé. Et puis, le bonhomme est quand même une légende. Je craignais un peu d’être déçu du personnage qui déroulerait sa journée tel un automate. Heureusement, il n’en est rien ! Ces deux jours se sont révélés riches d’enseignements, de rencontres et de rigolade. Bref : la base de tout bon souvenir à moto !

[Un préambule s’impose : ce stage, il m’a été offert par ma moitié (oui je sais, elle me gâte trop ! ^^) donc il ne s’agit en aucun cas d’un article sponsorisé. Il s’agit du retour d’un client lambda sans contre partie commerciale.]

Au passage, mes pneus étant en fin de vie sur la VFR, ils ont été remplacés par des Dunlop Sportsmart MK3 juste avant le départ. Même pas eu le temps de les rôder, ce sera une découverte et un test idéal entre la route et le circuit, il ne manquera plus qu’à faire du rallye avec pour que ce soit complet. Mais vu leur comportement impressionnant sur ces deux jours, je vous donnerai un retour complet !

30 juin : la route

Le rendez-vous est à 08h30 à St Palais (64). Après 250km d’autoroute, ayant laissé femme et enfant chez nos amis près de Toulouse, j’arrive premier au point de rendez-vous. Un peu de pluie en chemin, au moins en cette période de canicule ça rafraîchit !

Suite a des désistements, nous sommes un petit groupe de 7 motos, auxquelles s’ajoute la MT09 de Serge et la MT07 de sa femme Rachel qui ferme la marche. On trouve deux Africa Twin 1000, une Super Duke 1290, un duo père / fils en Ducati Monster 900 et Hypermotard 1100 et un Suzuki GSX-S1000.

Départ imminent

Assez rapidement, la pluie s’invite aussi alors que l’on traverse la campagne basque. Je découvre mes pneus dans ces conditions humides en esquivant les bouses (dédicace à Cigalou !) ce qui donne l’occasion de premiers conseils de conduite sur route glissante. Malgré le temps couvert, le charme des maisons aux couleurs typiques opère. On s’enfonce dans une vallée encaissée avant d’entamer notre premier col.

Au dessus des nuages, la récompense…

Sous cette couche de nuages, les versants verdoyants sont déjà magnifiques, puis le brouillard s’épaissit au fur et à mesure que l’on grimpe. Et tout à coup, on transperce cette couche pour découvrir un ciel bleu !

What else ?

(Crédit photo : Clément)

Après avoir passé le col de la Pierre St Martin, on se retrouve côté espagnol. C’est beau, le vert de la montagne est ponctué de tâches beiges : des moutons. Devant ce spectacle, je reste couche bêê. (Désolé)

L’éco-conduite selon Serge

Il faut malgré tout se concentrer sur la route, c’est que ça tourne par ici ! On s’applique à imiter les traj’ du Chevalier. Fluide, propre et jamais sur la voie opposée ; la base d’un gage de sécurité sur ce type de route. Pour la position, le conseil c’est de se servir du haut du corps : plier le bras intérieur pour accompagner la moto en courbe ce qui permet de mettre du poids sur le repose pied intérieur, « et là, la moto est contente ! » comme le dit Serge.

Mise en pratique dans la descente. Moteurs coupés mais contact mis pour voir où on freine. Tiens, ça me rappelle la descente du mont Brouilly lors du rallye des Barjots. A ce petit jeu, le poids élevé de mon VFR permet de prendre l’avantage, je pourrais dire que j’ai roulé plus vite que Serge Nuques (mais sans moteur…)

Au moins, Clément et l’autonomie limitée de son Hypermotard aura gratté quelques km dans l’opération !

Pause à l’ombre près d’une source naturelle d’eau fraîche

Un moment pour partager nos impressions sur la mise en application des conseils pour que la moto soit contente. C’est important de ne pas contrarier sa partenaire… En tout cas, les conseils dispensés sont à la portée de tous, et c’est bien ça le but. Que chacun se sente plus à l’aise avec sa machine.

Des choses pas très catholiques

Notre balade se poursuit sous le soleil espagnol (jusqu’à 34° à mon tableau de bord) à un rythme sympa qui permet de ne perdre personne. Quelques lacets se prêtent à une rythme plus élevé. Et vu le revêtement parfait, ce serait une insulte à la DDE locale que de s’y traîner !

La récréation terminée, on retrouve un tracé plus technique. Plus bucolique même. Et là, tu comprends que Serge, il ne t’emmène pas juste sur un tracé déterminé, il te fait découvrir son jardin, les coins où il vient rouler en trial avec son fils. Il aime cet endroit et ça se ressent. D’ailleurs, aucun GPS sur sa moto pour guider. On se retrouve alors sur une route en ciment, au milieu des vaches, des chevaux et des moutons. On approche 14h, faudrait songer à aller grignoter !

Restaurant avec une vue qui déchire, mais dans le brouillard. Compensé par la qualité du repas ! (Crédit photo : Clément)

La suite du parcours, nous aurait normalement fait redescende dans la vallée et le brouillard. Serge décide de nous faire passer par un autre itinéraire pour profiter encore de la vue. Et quelle vue !

Dur de trouver mieux pour une pause digestive ! Crédit photo : Clément)

En admiration devant la vue, nous sommes sur le chemin de St Jacques de Compostelle. Une statue se trouve sur les rochers. Une voix lance : « Dis, ça n’a pas encore été fait de lui mettre un casque ? » apparemment, non. Alors c’est l’occasion de rectifier ça !

C’est officiel, nous finirons tous en enfer ! (Crédit photo : Clément)

Nous reprenons la route sur la crête, on évolue dans un paysage vraiment reposant. Là où on se dit que la moto, quand même, c’est un magnifique moyen de s’évader ! On serait dans un clip de Hipters, on roulerait debout sur les cale-pieds en lâchant le guidon.

Un petit air de paradis… (Crédit photo : Clément)

Le rallye, ça te manquerait pas un peu ?

Car pour le retour à notre point de départ, on se croirait sur une liaison de rallye routier : de la vraie route à chèvre, des épingles, du gravier de façon partielle ou même totale. Un petit air de Rallye des Volcans ! Et c’est aussi le but de cette journée pour les stagiaires, prendre conscience des capacités de leur moto même sur mauvais revêtement.

Ce qui n’empêche pas Serge de nous claquer quelques petits wheelings au gré du profil de la route ! Les dernières minutes s’accompagnent de crampes pour ma part… Je ne suis pas loin des 600km parcourus depuis l’aube et ça se ressent.

Cette journée aura permis de découvrir un pilote accessible, presque réservé, loin des vidéos que l’ont connait ! Cependant, une fois en selle son aisance et sa spontanéité ressortent tout naturellement. Une leçon de maîtrise et une bonne humeur communicative.

1er juillet : le circuit

Rendez-vous à Pau Arnos. Première vraie expérience sur piste pour moi hormis mes 4 tours du Bugatti lors du Rallye de la Sarthe en DR650 ! Je souhaitais commencer la piste par un stage encadré, pour ne pas faire de bêtise et éventuellement finir au tas.

Bon, ben y’a plus qu’à !

Ce matin, il fait à peine 20 degrés, et surtout, une fine pluie s’est invitée sur le circuit. Nous découvrirons donc le tracé sur du gras-mouillé. D’après Serge, c’est un avantage car cela évitera aux foufous de partir trop fort. Pour cette journée, nous sommes plus du double de la veille. Il est en effet possible de ne s’inscrire que pour le stage sur piste. Il est même possible de louer une moto dédiée !

J’aurais bien voulu essayer !

Tout d’abord, on part pour plusieurs tours de reconnaissance en suivant soit Serge, soit Adrian au guidon de l’Aprilia 125 RS. Le but, nous montrer les traj’ à un rythme cool pour que chacun se repère.

De retour en salle, on décortique les phases du pilotage sur piste que nous devrons mettre en application.

Se faire saucer en terre Béarnaise

Désolé pour le jeu de mots. En tout cas, les premiers km sur le mouillé permettent de se concentrer sur les trajectoires. Les pneus ne me font pas de mauvaises surprises ce qui met en confiance. La suite de la matinée se fera sur une piste séchant. Il faut encore se méfier de quelques plaques d’humidité. Sur les conseils de Serge, la plupart d’entre nous conservent des pressions « route » car les pneus ne vont pas spécialement chauffer sur ce premier atelier dans le virage le plus lent du circuit.

Image associée

La vidéo ne ment pas

Premier exercice dans l’épingle. Adrian nous fera une démo à chaque atelier. Position, trajectoire, il faudra essayer de faire aussi bien ! Pendant ce temps, Serge en bord de piste enregistre en vidéo et motive depuis le bord de la piste.

Une fois la session terminée, retour en salle où les passages sont revus et les conseils sont donnés à chacun. Pour ma part, ça confirme ce que je pensais : j’ai une position à chier. Le cul un peu sorti mais le buste trop droit.

Exemple type d’une position de merde. Souvenir du Rallye d’Ardèche 2018.

Rapidement, le soucis est identifié. Je dois reculer plus sur la selle, plier le bras intérieur et rapprocher la tête du sol. Sans quoi, la moto prend trop d’angle. C’est bien là tout le but de cette position : à vitesse égale, passer avec moins d’angle donc plus d’adhérence. En sécurité quoi !

Des ateliers pour progresser

On poursuit sur le virage le plus éloigné des stands, le double droit. La piste est maintenant sèche, et on commence à se lâcher de plus en plus. Je fais des tours en suivant une R6, n’ayant ni le bagage, ni la moto capable de le dépasser. Dernier passage de la session dans ce double droit, je sens l’arrière qui décroche en douceur. Chaud quand même !

Retour devant le box et contrôle de la pression à chaud derrière : 3kg. On va passer à une pression plus adaptée à la piste ce coup-ci. « En même temps tu attaques comme un sourd ! » me dis Serge. Ben quoi, pour une fois que je peux exploiter ma moto en sécurité, je vais pas me priver !

En place pour la démo !

Ateliers suivants dans le premier double droit où il faut rentrer sur l’élan sans toucher aux freins. Déboulant à 160 avec ma Sport-GT de 240kg, j’ai du mal à ne pas mettre une lichette de frein avant de plonger. Pourtant, avec la bonne trajectoire je me rend compte que je suis trop lent au moment d’aller au second point de corde. Je me sens de plus en plus à l’aise au fil des passages.

Ensuite, c’est le virage type Laguna Seca que l’on travaille. Gros freinage avant de plonger à gauche et changer rapidement de côté pour la sortie. Je commence à me sentir à l’aise avec cette nouvelle position sur la moto. Si le VFR ne freine pas très fort, les suspensions et les pneus lui permettent de changer d’angle sans trop forcer ! 

Plaisir de la piste

Le petit rallyman que je suis n’a pas pu s’empêcher de télécharger une application pour le chrono. L’après-midi seulement. Trouvée par hasard la veille, il s’agit de Racechrono qui possède les circuits français en mémoire et utilise le GPS du téléphone pour enregistrer les tours, les vitesses atteintes… Mon meilleur tour sera fait en 1’34″89′ ».

Sec ou mouillé, très agréablement surpris par leur niveau de grip !

Mais le plaisir est ailleurs, exploiter sa machine dans un environnement sûr, s’appliquer à rechercher la bonne position, la bonne trajectoire et réciter ça tour après tour comme une partition. On a pu apercevoir la rigueur que demande le pilotage sur piste. Il y a une application a faire de tout ça en rallye lors des recos. Mais aussi surtout sur route car les phases de pilotage peuvent s’y appliquer. Je suis content des choses que j’ai acquises sur cette journée. En me lançant seul sur des sessions de roulage libre, je n’aurais pas progressé si vite.

Atelier improvisé de réglage de suspension !

Bilan : on valide !

Pour la partie route, rien que pour les paysages traversés ça vaut le coup. Et je comprend qu’après 14 ans de stages, Serge n’est pas lassé de ce décor. Ajoutez à cela ses anecdotes lors des pauses ou du repas, ses facéties à moto et ses conseils qui permettent à tous de progresser. Au final, loin de la sortie payante prédéfinie et réglée au métronome, le parcours a évolué au fil de la journée en accord avec le niveau du groupe et de la météo. Cela ressemblait tout simplement à une balade entre potes, jusqu’à nous montrer le camion qui fait le meilleur Rougail-saucisse de la région !

Et pour la piste, Serge revêt la tenue du prof et fait progresser tout le groupe, chacun à son rythme. Tous les participants ont réalisé des progrès aujourd’hui. Le cadre de Pau Arnos est je trouve adapté à toutes les motos car on y prend finalement pas énormément de vitesse. J’ai adoré le tracé vallonné, une belle découverte. Prévoir du liquide pour manger sur place !

D’un point de vue tarif, 395€ pour les deux jours (repas du 1er jour inclus) c’est une somme. Compte tenu du cadre dans lequel on évolue, des conseils qui sont donnés sur ces deux journées qui permettent à tous de progresser et gagner en confiance, c’est plutôt cohérent. J’en connais qui claquent le double pour des pots d’échappement !

Le stage piste seul est proposé lui à 260€. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Serge Nuques.

2 Commentaires

  1. Mathieu t’es au top ! Cette volonté humble de toujours vouloir progresser! Purée ça donne trop envie. Je n’ai plus qu’à filer sur circuit à la Réunion (mais ils sont minus et me font flipper) avec mon VFR (option antiquité 🙂

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