Le Casque et la Plume #12 : Motobécane, cycles et motos de France

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Ami lecteur, je te convie à un voyage dans le temps. Inutile cependant d’embarquer ta cotte de mailles ou ton silex, puisque nous ne remonterons pas aussi loin que ça. Avec une paire de Jean’s, un pot de brillantine et des mocassins vernis, tu seras paré. Non, nous ne partons pas pour un thé dansant à la salle des fêtes avec mémé, nous allons juste visiter l’époque du deux-roues populaire made in France. Y en n’a pas pour long. Si on part maintenant, tu seras rentré avant Sept à Huit, promis ! En revanche, je te garantis pas que tu aies envie de rentrer…

On a tendance à oublier qu’en plus du fromage qui pue et du pinard qui pique, notre pays sait aussi construire des motos. Sait ou savait, va savoir. En tout cas on a su, ça c’est sûr (les zozoteurs qui liront ce texte m’excuseront pour le désagrément subi). Ce livre sublime des éditions ETAI est à mes yeux bien plus passionnant que ses concurrents qui traitent avec une bien vénale nostalgie des mobs des années 70 et 80. En effet, Patrick Barrabès, son auteur, a su allier avec gourmandise rigueur historique, rigueur technique, anecdotes et tranches de vie dans cet ouvrage très richement illustré.
Ses 300 pages grand format traitent de l’histoire de cette entreprise de Pantin de 1923 à 2003. Et quelle histoire !

Pour être parfaitement honnête, je dois avouer que j’étais conquis d’avance, en ouvrant le livre. Sans aller jusqu’à dire que j’avais jeté mon objectivité aux orties, il me faut confesser une certaine sympathie d’emblée. Et c’est bien humain puisque, là, sur cette couverture brillante et glacée, je pouvais embrasser d’un regard tendre mon tout premier cyclo. La belle bleue de l’été 1990, quel souvenir ! Démarrer en pédalant (plus ou moins longtemps), foncer comme un bolide à 50 kilomètres par heure à cheval sur un engin de tôles sur les petits chemins creux des Flandres, passer prendre les potes grâce à la selle biplace et foutre le camp. Déjà cette idée fixe de foutre le camp. Pas trop loin, mais faire comme si.

Puis j’ai commencé la lecture, même si « lecture » est un bien grand mot vu le nombre de photos qui constellent chaque page. Et j’ai eu la surprise de découvrir tout un monde. Un monde peuplé de stars connues comme la bleue, le solex ou les MBK des 80’s et 90’s, forcément, mais où subsistent néanmoins des beautés un peu oubliées, des innovations, de l’audace et de la réussite. Du vélo au moteur d’avion, Motobécane a exploré presque tous les terrains. Mais puisque le nôtre, c’est le deux roues motorisé, parlons-en.

La couverture résume assez bien le livre. On y trouve de vraies belles motos qui, à mon goût, n’ont pas à rougir face aux Triumph, Vincent ou autres Norton de leur temps. D’autant que là aussi, j’ai été surpris d’apprendre que, contrairement aux stéréotypes que j’avais en tête, nos vieilles n’avaient pas toutes une cylindrée limitée comme les Peugeot, par exemple. En effet, de petites 100cm3, on peut monter jusqu’à des 750 très honorables quand on sait que cette cylindrée a longtemps été considérée comme ce qui pouvait se faire de plus gros pour le tout public. On appréciera aussi la richesse documentaire, l’habile mélange de photos d’époque et de photos récentes (c’est toujours marrant de voir un minot sur sa meule toute neuve en 1950 et de voir, juste dessous, le même équipage 60 ans plus tard), les publicités avec les tarifs, les conseils et astuces de restauration.

Bref, j’ai aimé ce livre qui, contrairement à ce qu’on serait en droit de penser, ne profite ni de la nostalgie du lecteur, ni de la mode du rétro. Il s’agit d’un véritable travail d’archives, d’histoire contemporaine, d’une belle partie du patrimoine industriel du pays.

Une marque qui a laissé sa trace à ce point dans le souvenir collectif n’a pas besoin d’artifices pour toucher. Il lui suffit de raconter.

Et c’est ici remarquablement bien fait.

 

Régis vit en Haute-Savoie. Unique héritier d'une longue lignée de non-motards, fasciné depuis sa plus tendre enfance par tout ce qui a un moteur entre deux roues pour des raisons toujours obscures. Curieux de nature, autodidacte dans bien des domaines, condamné à mort par contumace dans plusieurs pays d'Amérique latine, il a fini par découvrir que son amour de la moto était non seulement aussi fort que celui qu'il a pour l'écriture, mais qu'en plus l'un nourrit l'autre.
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