Le casque et la plume #4 : Nous rêvions juste de liberté

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Il est des livres qui vous hantent longtemps après les avoir lus. Nous rêvions juste de liberté d’Henri Loevenbruck fait partie de ceux là. Voilà trois mois que je l’ai refermé et – sincèrement – il n’est pas un jour sans que j’y pense.

De prime abord pourtant, le sujet ne casse pas trois pattes à un canard comme l’on dit : Nous suivons au fil des pages l’épopée sauvage d’une bande de jeunes bikers de la fin des années 60. Leurs enfances difficiles, la tôle, l’entrée dans l’univers des 1%, la création de leur MC. Le tout narré du point de vue de Bohem, le « prez ». Vu et revu me direz-vous. Une sorte de prequel à Son of Anarchy dont le personnage principal serait un remake du père utopiste de Jacks. Mouais, mouais, bof.

Et pourtant.

Pourtant ce bouquin te prend par les tripes et tape dedans comme dans un punching ball à chaque page. Car si l’action est haletante tout au long de ce road-trip aux allures de western, les réflexions du personnage sur la vie, l’amitié et compagnie te prennent ton petit cerveau de mec bien rangé et en font de la bouillie. Tu n’as plus qu’une envie : enfourcher ta bécane et rouler, rouler, rouler, rouler, rouler…

Je ne sais pas comment t’exprimer le bouleversement que représente ce petit bouquin de rien du tout sans t’en gâcher le plaisir de le lire et de le découvrir par toi-même. Mais si je devais le comparer, ce serait à Into The Wild. Tu sais le gars qui va jusqu’au bout de son rêve de vie dans les bois ? Si je crèche désormais au fin fond d’une montagne ardèchoise c’est en grande partie à cause de lui je pense… Ben là dis toi que c’est le Into The Wild de la moto. L’uppercut qui te rappelle qu’une moto c’est tout sauf un objet. Que ce ne pourra jamais être qu’un « plaisir » comme aller pêcher ou jouer à la pétanque. Enfin pas pour moi en tout cas.

Beaucoup ont du mal à comprendre ce rapport si particulier que certains motards éprouvent pour leur bécane. C’est même regardé aujourd’hui avec un petit air condescendant du genre « pffff, so cliché ». Alors on évite d’en parler, on dit que l’on a une moto comme l’on parlerait du dernier I-phone ou de son canapé Vlûst Ikea. Et ça, c’est quand on ne doit pas se justifier d’aimer malgré tout l’écologie et les petits z’oizeaux. C’est terminé le motard qui vit pour et par sa moto. On est dans un monde raisonnable et on pratique un sport de luxe entre gens biens.

Mais putain, tu le sens toi aussi ? Tu le sens ce bouillonnement dans ton bide dès que tu entends un moteur vrombir au loin sur la route ? Cette espèce de plénitude quand tu roules, quand tu sens toutes ces vibrations, ce vent, ces odeurs, hein ? Parfois j’ai des larmes dans les yeux tellement chuis heureux quand je tiens mon guidon, c’est plus fort que moi. Et – inversement – tu l’expliques comment ce comportement de camé qui me fait me plonger dans une immense tristesse quand je ne peux pas enfourcher ma moto de quelques jours ?

Si ce livre m’a si profondément touché c’est que je crois que qu’Henri Loevenbruck a su poser les mots sur ce sentiment viscéral, sur ce que c’est de « rouler » pour nous les motards.

3 Commentaires

  1. Je vais acheter ce livre car , de ce que tu en dis j’ai l’impression qu’il retranscrit exactement ce que je ressent .
    Il met des mots sur ce que je ne sais exprimer mais que je ressent vraiment.
    C’est bon d’être compris et de partager.
    Merci Cigalou
    (Mais putain, tu le sens toi aussi ? Tu le sens ce bouillonnement dans ton bide dès que tu entends un moteur vrombir au loin sur la route ? Cette espèce de plénitude quand tu roules, quand tu sens toutes ces vibrations, ce vent, ces odeurs, hein ? Parfois j’ai des larmes dans les yeux tellement chuis heureux quand je tiens mon guidon, c’est plus fort que moi. Et – inversement – tu l’expliques comment ce comportement de camé qui me fait me plonger dans une immense tristesse quand je ne peux pas enfourcher ma moto de quelques jours ?)
    Je garde ce passage pour le faire lire à un ami qui je crois ressent la même chose …

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