Tour des Alpes – Etape 5/6

La seule et unique journée sans franchissement de frontière. The Italian Day. Profil de l’étape : de la plaine et de la montagne en fin de journée, avec pieds dans l’eau au départ et à l’arrivée. Entre les deux, notre mission puisque nous l’avions acceptée, tenter de survivre à la circulation et à la conduite transalpine par forte chaleur. Tout un programme.

850589vendredi


C’est aux abords d’un champ de maïs qu’on s’est réveillés, ce jour là. Il faisait beau, presque chaud, déjà. On n’a pas eu besoin d’aborder le sujet pour se mettre d’accord sur la nécessité d’oublier ce loupé, avec Camille. Pleins d’entrain, on a opté pour un de nos sacro-saints petits déjeuners sur la côte. Un rapide coup d’oeil sur la carte et c’est Caorle qui fut l’heureuse élue. Une terrasse ouverte sur le golfe, quelques mots choisis au hasard sur une carte de restaurant et nous tenions notre pitance. C’est un des côtés agréables de l’Italie, ça. Tu peux choisir complètement au pif un truc à manger, y aura 99% de chances pour que ce soit bon. Ils sont fortiches, ces cons-là. En tout cas assez fortiches pour que ce soit signalé. Je ne m’amuserais pas à ce petit jeu en Angleterre, par exemple.

52


53-2


Un autre truc que je ne m’amuserais pas à faire en Angleterre, c’est d’aller me baigner le matin d’une nuit d’orage. Surtout après avoir mangé. Là, c’était gagné d’avance. Les premiers amateurs d’eau salée arrivaient tranquillement, les rues se remplissaient petit à petit, nous assistions à l’éveil d’une station balnéaire qui, dans quelques heures, se sera transformée en fourmilière grouillante, hurlante et épuisante. Mais à ce moment là, on sera déjà loin. La première bonne surprise de la journée s’est manifestée en la personne d’un vieux monsieur qui, avec un inoubliable accent Italien à la Don Corléone, nous encourageait dans un français plus que correct en prime de savoureux R roulés avec maestria, aux voyages à moto. Lui, ancien motard de l’après-guerre, à la fois heureux d’être nostalgique et nostalgique d’être heureux.

On l’a poliment remercié et, le ventre plein, on a redémarré nos infatigables destriers de l’empire du soleil levant en direction de la région des grands lacs, au nord du pays. Longer des ruines romaines en quittant la plage, c’est agréable. On s’imagine la douceur de la vie sous Auguste, se lever le matin, enfiler sa toge, partir faire quelques emplettes au marché aux esclaves, aller admirer des crucifiés en famille puis rentrer chez soi pour participer à une orgie entre amis. Mais c’est bien fini, tout ça. L’Italie d’aujourd’hui semble avoir oublié son glorieux passé. La douceur, ce n’est que le soir venu que nous la retrouverions, une fois arrivés au bord du lac de Garde.

Parce que faut vous le dire, mes petits poussins. La plaine entre les lacs et la mer, faut se la goinfrer !

Ca klaxonne, ça coupe la route, ça gueule. T’as chaud, t’as soif, ça bouchonne pour un oui ou pour un non bref, t’as hâte que ça s’arrête. Et d’un coup, ça s’arrête. Tu arrives sur le bord du lac, tu trouves un parking ombragé, l’entrée d’une petite plage municipale où tu poses tes affaires, et t’as plus qu’à te baigner.

53


Puis tu profites des douches publiques pour te refaire une dignité, et tu réfléchis à la suite du programme. Pour des raisons affectives, on décidait de mettre les voiles vers un autre lac, celui d’Iséo, vers Bergame. Le réseau routier, dans ce coin là, est particulier. Beaucoup de voies rapides. C’est bien si tu veux voyager rapidement, ça l’est nettement moins quand t’as le temps et que tu préfères emprunter les petites routes. Parce que ces petites routes, à force d’être délaissées du plus grand nombre et de n’être empruntées que par les riverains et les indigènes, ben on fini par se dire que boarf, pourquoi s’emmerder à y mettre des panneaux indicateurs ? Voyez où je veux en venir ? Voilà, c’est ça. Paumés, encore une fois. Alors on s’est arrêtés dans un petit village, j’ai interpelé un gars qui buvait le canon avec un pote à lui à la terrasse d’un troquet, et je lui ai fait comprendre dans un italien très approximatif que je cherchais à rejoindre le lac d’Iséo. Il pause sa main sur mon épaule, me demande en Italien si je comprends l’Italien, mes mains lui répondent « ouais, un peu », et il m’explique en parlant lentement. Tout pigé. On redémarre, un grand « Grazzie mille » à travers la visière et une heure plus tard, on finissait l’après-midi sur le rivage d’Iséo.

54


La nuit tombait quand on en est repartis. Le plan était d’en faire le tour jusqu’à ce qu’on trouve notre bonheur. Après une halte dans une fête de village ponctuée de musique punk et quelques demis-tours, on a fini par trouver refuge sur les hauteurs. Exténués, on s’est endormis sans se rendre compte de rien. On s’était juste posés en haut d’un chemin menant à une grande clairière. Juste comme ça, le temps de manger un morceau avant de descendre explorer le terrain, puis on s’est allongés dans l’herbe et rideau. Quand on s’est réveillés, le jour se levait. On n’a rien compris. Tout ce qu’on savait, c’est que nous entamions le dernier jour de notre voyage. Ce soir, on couchera dans un lit.

Road-Trip ,

2 Comments, RSS

  1. Phil91 6 juin 2017 @ 7 h 56 min

     » On s’imagine la douceur de la vie sous Auguste … aller admirer des crucifiés en famille puis rentrer chez soi pour participer à une orgie entre amis. »

    J’aime bien cette phrase, La douceur de vivre… sauf pour les crucifiés. Les intermittents du spectacle ont toujours eu une vie difficile…

    Philippe

    • Régis 6 juin 2017 @ 19 h 36 min

      Et encore, les crucifiés étaient passifs. Les plus mal lotis étaient ceux qui finissaient aux jeux du cirque. Le R.S.A pour se faire bouffer par un lion, c’est de l’esclavagisme !:D

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

À LIRE AUSSI

Tuto Barjo #2 : S’équiper pour une hivernale... Vidéo : Cigalou Le plus dur dans une hivernale c'est l'attente - mêlée d'excitation - du jour J. Du coup je me suis retrouvé à faire mon sac... une semaine avant les Millevaches. L'excitation j'vous dis. Et vu que je trouvais que sur Vie de Motard on avait vachement baissé niveau vidéo avec l'arriv...
Un Viking à 6088m de haut ! Inutile de vous dire que je ne suis pas un grand trekkeur et encore moins un alpiniste. Mais vivre une expérience pareil au bout du monde est quelque chose d’inoubliable. Mais pourquoi j’ai signé pour me faire souffrir ? Pourquoi marcher des heures dans la nuit pour je ne sais quel sommet ? Merde le...
Pourquoi passer le permis moto à ton âge ? Texte : Lili - Illustration : Cigalou  Voilà, la question que j’ai entendue trop fréquemment pour que j’y reste insensible. Vous vous en souvenez, je viens juste d’avoir mon permis gros cube, je fais partie de ces vieux qui encombrent les auto-écoles, donc je peux en parler librement. Alors oui, c...