Le jour où je me suis fait d-é-p-o-s-e-r…

Il est des moments dans la vie d’un motard qui restent gravés à jamais. Qui restent très nets et précis dans l’esprit. Cette petite histoire se découpe en deux parties, avec une sorte de morale à la fin. Cela dit, vu les vitesses annoncées dans les lignes qui suivent, il est nécessaire de dire que c’est MAL de rouler vite. Et concernant les dates et les lieux, je resterai évasif, plus par confidentialité auprès du personnage concerné que par peur de sanction – il y a prescription – donc je peux vous livrer ce récit sans crainte de voir débouler la police.

Une balade comme tant d’autres

Il y a quelques années, je vivais dans le Sud et roulais en Triumph T595 Daytona, sportive « à l’ancienne » au charme indéniable et, bien que dépassée en rapport poids/puissance par les R1, Ninja et autres Gex sorties à l’aube des années 2000, elle n’avait pas à rougir en sensations avec son trois pattes. (Mais ce n’est pas le sujet du jour)

Un dimanche, sortie en petit groupe direction les départementales qui serpentent dans les hauteurs, petit resto le midi et un temps qui se couvre alors que le bord de mer semble dégagé. Nous tombons d’accord sur le fait d’aller manger une glace les pieds dans le sable. Il nous faut pour cela prendre un bout d’autoroute (gratuite) sur une quarantaine de kilomètres. La descente jusqu’au ruban de l’ennui se fait une belle route viroleuse permettant de se faire plaisir. Ce jour là, un copain roulant avec la même moto que moi me suit et nous abordons ensemble l’autoroute.

Peu de temps après, calés à la vitesse légale, une moto se laisse dépasser. Je n’y prête pas spécialement attention, je pense à une 600 sportive dont la couleur verte laisse peu de doutes sur la marque. En ce dimanche après-midi, la route est déserte et la moto dépassée quelques instants plus tôt nous repasse. Je dois vous avouer que là, j’ai un trou de mémoire. Comment en est-on arrivé là ? Je ne sais plus combien de dépassements il y a eu, mais cette moto voulait « jouer ». Et j’ai mordu… Nous voici donc lancés pleine balle sur l’autoroute, comme Manchzeck nez dans la bulle sur sa Daytona. La barre des 200km/h est allègrement franchie, je ne voit plus la petite moto verte dans les rétros.

Passage d’une « zones à risques » (de contrôles) et je ré-ouvre en grand, 4ème, 5ème… La route passe à trois voies et monte un peu, le compteur affiche 240km/h et à ce moment là, je me fait déposer. Dé-po-ser ! La Kawa passe sur la troisième voie, me laissant sur place. Bordel ! C’est pas un 600 ?! Je suis tellement abasourdi que j’en oublie la 6, surpris par le rupteur. Imaginez vous sur l’autoroute des vacances quand un hollandais en SUV passe à fond de balle… Ben là c’était pareil. 240km/h et la sensation d’être à l’arrêt, mais à quelle vitesse elle allait cette moto ? Les 300km/h semblaient largement atteints à mon avis.

Quoi qu’il en soit, je coupe tout et j’attend le groupe. Longtemps. Car eux n’ont pas voulu jouer, un peu le copain en Daytona, au début, quelle sagesse. Nous finirons donc par manger cette fameuse glace, avec ce passage à raconter mais sur le coup je pense être passé pour un menteur

Épilogue

Quelques mois plus tard, je me retrouve dans la salle d’audience du tribunal (non, pas pour mon permis !) devant assister à une audience, comme dans le cadre de pas mal de formations. Bref, arrive à la barre une personne et le juge commence à raconter une histoire de grands excès de vitesse, immortalisés par une caméra et dont les vidéos sont tombées dans les mains de la police. Le thème du Prince Noir, mais façon sudiste et… vert.

Son terrain de jeu ? L’axe que nous avions emprunté cet après midi là. Sa moto ? Une hypersport 1000cc et équipée telle une superbike du championnat de France ! Et la vitesse atteinte alors ? Le juge rappelle que depuis quelques années, les compteur de moto n’affichent pas au delà de 299km/h, et explique que dans les vidéos on voit clairement 299 s’afficher mais que le compte tour continue, lui, de grimper ! Vitesse, dépassements dangereux. La sanction fut lourde, mais pouvait-il en être autrement ?

Bref, si cet événement m’a marqué je ne me sens pas fier d’avoir roulé à tombeau ouvert ce jour là, ni d’avoir assisté à ce procès. Comme quoi le destin est farceur.

Et quand, parfois, le poignet droit enroule trop de câble, je repense à cette histoire !

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2 Comments, RSS

  1. Motarologue 6 juin 2017 @ 8 h 18 min

    Parfois il y a des extraterrestres… J’ai eu cette sensation là en Allemagne, lorsque j’y ai posé mes roues pour la première fois. J’ai voulu tester la conduite « no limit » dans une zone où c’était autorisé. J’étais à 200 (impossible d’aller au-delà à cause du blocage électronique du V-Strom) et j’avais l’impression d’être hyper rapide. Je doublais les voitures qui roulaient normalement, autour de 130 et déjà je trouvais ça assez impressionnant !
    Et là… j’avais pas fait gaffe mais une BMW M3 arrivait à fond derrière et me faisait des appels de phare. Il m’a doublé à une vitesse hallucinante… j’étais à 200 et il m’a doublé comme une vulgaire merde. Je suis redescendu à 130 et j’ai pleuré dans mon casque, en comptant les grosses Mercedes et les Porsche qui filaient comme des fusées…

  2. Phil91 6 juin 2017 @ 16 h 30 min

    Si nous parlons souvenir…
    A une époque, j’ai eu un GSX-R, acheté d’occasion avec un pot FULLBORDEL.

    Alors je suis allé au circuit CAROLE. C’était moi le kéké de la street.

    Forcement, comme c’est moi qui faisait le plus de bruit, j’étais mathématiquement le plus rapide.
    Sauf que,.. Quand je commençais mes freinages, les petits 500 me doublaient en montant un rapport…
    Bon, ça, mais surtout mon désir de garder mon permis (parce que minable sur circuit, mais justiciable sur la route) m’ont fait vendre ce truc (fabuleux certes) et je suis passé à autre chose.
    Philippe

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